En octobre 1998, alors que j'avais 18 ans, les médecins me détectèrent une rechute d'infection pulmonaire; plus connue comme tuberculose. J’étais triste et furieux à l'idée de savoir que j'allais passer trois mois à l'hôpital. J’ignorais cependant que dans cet endroit si désolateur et rempli de spleen j’allais vivre les plus beaux instants de ma vie.
Ma première semaine à l'hôpital pandémique de N’kembo (à Libreville) était triste comme un ciel gris. En plus de plus de huit comprimés que je devais prendre, chaque matin j'avais droit à une injection...et cela durant tout mon séjour à l'hosto. Nous étions quatre dans la salle d'hospitalisation. Après chaque mois, les autres malades s'en allaient. Quant à moi, le médecin chef ne pouvait que me rappeler combien de jours ils me restaient à passer. Un mois et demi après, une jeune fille atteinte de la même maladie nous rejoignit. Elle s'appelait Nadia. Elle occupa un lit situé tout juste à côté du mien. Nadia avaient plusieurs sœurs qui venaient lui rendre visite. Dad était l'une d'elles. De père sénégalais et de mère gabonaise, Dad était tout sauf une fille de laquelle on pouvait détourner le regard. Sur ma table d'hôpital se trouvait mon inséparable dictionnaire bilingue anglais/français. Nadia parlait à peine mais, on s'attendait très bien; rien qu'avec des regards. Du coup, elle s'était convertie en une sorte de petite sœur, laquelle je devais protéger. Il n'eût pas de contact verbal avec Dad jusqu'au jour où, avec l'une de ces amies, elles vinrent visiter sa sœur. Allongé dans mon lit, elles se mirent à converser en anglais. Elles parlaient de moi, de mon silence, de mon caractère solitaire et de mon manque de conversation. Je me levai et leur dit:"your english is perfect!" et sorti prendre de l'air. Elle sourit et s’en alla ce soir sans rien me dire. Des jours passèrent. Un « Salut ! », un « À demain » et rien de plus. Cependant, Nadia commençait à me parler et à me faire confiance. Les mercredis j’aimais bien m’échapper de l’hôpital et faire un tour à la maison. Je décidai de le faire juste à l’heure à laquelle devait arriver Dad. Bien avant, je laissai une petite note pour elle avec sa sœur : une histoire stupide dénuée de sens. En rentrant, Dad était déjà partie. Nadia me tendit le bout de papier. En l’ouvrant, Dad avait écris en rouge : «rédige-moi une histoire qui me ferait rêver de toi et moi ». Je passai toute la nuit à lire cette petite note tout souriant. Nadia me demanda : « Qu’est-ce-que vous vous écrivez et pourquoi souris-tu ? ». Je lui répondis en lui souhaitant de passer une bonne nuit. Cette même nuit, je me mis à rédiger la ‘bonne histoire’. En résumé, il s’agissait de deux jeunes gens (James et Diana) qui se sentaient attirés l’un envers l’autre mais, aucun des deux n’osaient faire le premier pas pour plusieurs raisons. Nadia nous servit de ‘postwomen’ une fois de plus. Je ne sus quelle serait la réaction de Dad jusqu’au jour où toute sa famille vint visiter Nadia. La salle était pleine à craquer. Je sortis m’asseoir au balcon. Quelques minutes après, Dad vint me rejoindre et s’assit sur mes jambes. Mon cœur se mit battre très fort ; d’une part pour la sensation étrange que je ressentais au contact de son corps et d’autre part, pour ses parents tout juste à quelque mètres. Elle me dît : « Ecoute Julien, suis plus une gamine. Je sais que James et Diana c’est Julien et Dad. Dis-moi exactement ce que tu ressens pour moi ». Il était 21 h du soir. Mon regard fixé vers un beau clair de lune, je lui dis, d'une voix presque tremblante : « Je crois que je suis amoureux de toi ». Dad garda un silence qui me torturait. Soudain : « Ben, suis pas amoureuse de toi mais, je t’aime ». Je ne savais que dire tellement je n'en revenais pas; elle s’approcha (pour un baiser) et je la serrai très fort dans mes bras en passant ma tête vers son coup. Je ne pouvais l’embrasser; épourtant je le désirais et je la désirais. Je pensais qu’en le faisant, je pourrais la contaminer. Elle me dît : « Tu me refroidis » et se fût à la salle d’hôpital. Je restai là, tout joyeux. Je venais de vivre un conte de fée. Les visites de Dad non seulement à sa sœur mais aussi à moi étaient devenues mon ‘traitement favori et le plus efficace’. Une semaine avant le 25 décembre, date de don anniversaire, sa sœur s’en allait de l’hôpital…et elle aussi. Triste réalité. Des compagnons de la salle de l'hosto jurèrent que je ne la reverrais plus jamais. Dad m’avait promis qu’elle viendrait me rendre visite. Le jour promis, il était 16 h ; et elle n’arrivait toujours pas. J’avais pris une bonne douche. Les amis n’arrêtaient pas de se prendre ma tête. Désespéré, j’allai m’allonger sur mon lit et m’endormis quand soudain, je ressentis des lèvres fraîches et suaves se poser sur les miennes : « bonsoir chéri», elle me dit. Elle était bien là et avait apporté des petits cadeaux pour tous ceux de ma salle; elle les distribua et le reste elle le mit à ma table. Ces visites se succédèrent, tout comme nos balades ensemble. On était fous amoureux l’un de l’autre mais, jamais je l’avais embrassée pour peur de contagion. Amour ou stupidité? Je n'en sais plus rien. Et je ne sus plus rien d’elle après. Néanmoins, je remuai terre et ciel pour savoir où habitait l’une de ses sœurs afin de lui remettre son cadeau d’anniversaire et une carte postale que je lui avais redigée. Deux ans plus tard, j’appris que Dad avait voyagé ; qu’elle était allée en Espagne. Je ne pouvais l’oublier. En 2002, je réussis à l’examen du Bac et obtins une bourse d’étude pour l’Espagne précisement. Jamais je n’avais oublié cette fille qui, toujours, est présente dans mes pensées malgré le temps. Après deux ans derrière ses traces en Espagne, j’appris qu’elle était retournée au Gabon. Et moi, je continue d’étudier en Espagne avec l’espoir de la retrouver un jour; ne serait-ce que pour lui dire "bonjour Dad" !
Ma première semaine à l'hôpital pandémique de N’kembo (à Libreville) était triste comme un ciel gris. En plus de plus de huit comprimés que je devais prendre, chaque matin j'avais droit à une injection...et cela durant tout mon séjour à l'hosto. Nous étions quatre dans la salle d'hospitalisation. Après chaque mois, les autres malades s'en allaient. Quant à moi, le médecin chef ne pouvait que me rappeler combien de jours ils me restaient à passer. Un mois et demi après, une jeune fille atteinte de la même maladie nous rejoignit. Elle s'appelait Nadia. Elle occupa un lit situé tout juste à côté du mien. Nadia avaient plusieurs sœurs qui venaient lui rendre visite. Dad était l'une d'elles. De père sénégalais et de mère gabonaise, Dad était tout sauf une fille de laquelle on pouvait détourner le regard. Sur ma table d'hôpital se trouvait mon inséparable dictionnaire bilingue anglais/français. Nadia parlait à peine mais, on s'attendait très bien; rien qu'avec des regards. Du coup, elle s'était convertie en une sorte de petite sœur, laquelle je devais protéger. Il n'eût pas de contact verbal avec Dad jusqu'au jour où, avec l'une de ces amies, elles vinrent visiter sa sœur. Allongé dans mon lit, elles se mirent à converser en anglais. Elles parlaient de moi, de mon silence, de mon caractère solitaire et de mon manque de conversation. Je me levai et leur dit:"your english is perfect!" et sorti prendre de l'air. Elle sourit et s’en alla ce soir sans rien me dire. Des jours passèrent. Un « Salut ! », un « À demain » et rien de plus. Cependant, Nadia commençait à me parler et à me faire confiance. Les mercredis j’aimais bien m’échapper de l’hôpital et faire un tour à la maison. Je décidai de le faire juste à l’heure à laquelle devait arriver Dad. Bien avant, je laissai une petite note pour elle avec sa sœur : une histoire stupide dénuée de sens. En rentrant, Dad était déjà partie. Nadia me tendit le bout de papier. En l’ouvrant, Dad avait écris en rouge : «rédige-moi une histoire qui me ferait rêver de toi et moi ». Je passai toute la nuit à lire cette petite note tout souriant. Nadia me demanda : « Qu’est-ce-que vous vous écrivez et pourquoi souris-tu ? ». Je lui répondis en lui souhaitant de passer une bonne nuit. Cette même nuit, je me mis à rédiger la ‘bonne histoire’. En résumé, il s’agissait de deux jeunes gens (James et Diana) qui se sentaient attirés l’un envers l’autre mais, aucun des deux n’osaient faire le premier pas pour plusieurs raisons. Nadia nous servit de ‘postwomen’ une fois de plus. Je ne sus quelle serait la réaction de Dad jusqu’au jour où toute sa famille vint visiter Nadia. La salle était pleine à craquer. Je sortis m’asseoir au balcon. Quelques minutes après, Dad vint me rejoindre et s’assit sur mes jambes. Mon cœur se mit battre très fort ; d’une part pour la sensation étrange que je ressentais au contact de son corps et d’autre part, pour ses parents tout juste à quelque mètres. Elle me dît : « Ecoute Julien, suis plus une gamine. Je sais que James et Diana c’est Julien et Dad. Dis-moi exactement ce que tu ressens pour moi ». Il était 21 h du soir. Mon regard fixé vers un beau clair de lune, je lui dis, d'une voix presque tremblante : « Je crois que je suis amoureux de toi ». Dad garda un silence qui me torturait. Soudain : « Ben, suis pas amoureuse de toi mais, je t’aime ». Je ne savais que dire tellement je n'en revenais pas; elle s’approcha (pour un baiser) et je la serrai très fort dans mes bras en passant ma tête vers son coup. Je ne pouvais l’embrasser; épourtant je le désirais et je la désirais. Je pensais qu’en le faisant, je pourrais la contaminer. Elle me dît : « Tu me refroidis » et se fût à la salle d’hôpital. Je restai là, tout joyeux. Je venais de vivre un conte de fée. Les visites de Dad non seulement à sa sœur mais aussi à moi étaient devenues mon ‘traitement favori et le plus efficace’. Une semaine avant le 25 décembre, date de don anniversaire, sa sœur s’en allait de l’hôpital…et elle aussi. Triste réalité. Des compagnons de la salle de l'hosto jurèrent que je ne la reverrais plus jamais. Dad m’avait promis qu’elle viendrait me rendre visite. Le jour promis, il était 16 h ; et elle n’arrivait toujours pas. J’avais pris une bonne douche. Les amis n’arrêtaient pas de se prendre ma tête. Désespéré, j’allai m’allonger sur mon lit et m’endormis quand soudain, je ressentis des lèvres fraîches et suaves se poser sur les miennes : « bonsoir chéri», elle me dit. Elle était bien là et avait apporté des petits cadeaux pour tous ceux de ma salle; elle les distribua et le reste elle le mit à ma table. Ces visites se succédèrent, tout comme nos balades ensemble. On était fous amoureux l’un de l’autre mais, jamais je l’avais embrassée pour peur de contagion. Amour ou stupidité? Je n'en sais plus rien. Et je ne sus plus rien d’elle après. Néanmoins, je remuai terre et ciel pour savoir où habitait l’une de ses sœurs afin de lui remettre son cadeau d’anniversaire et une carte postale que je lui avais redigée. Deux ans plus tard, j’appris que Dad avait voyagé ; qu’elle était allée en Espagne. Je ne pouvais l’oublier. En 2002, je réussis à l’examen du Bac et obtins une bourse d’étude pour l’Espagne précisement. Jamais je n’avais oublié cette fille qui, toujours, est présente dans mes pensées malgré le temps. Après deux ans derrière ses traces en Espagne, j’appris qu’elle était retournée au Gabon. Et moi, je continue d’étudier en Espagne avec l’espoir de la retrouver un jour; ne serait-ce que pour lui dire "bonjour Dad" !
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